État des lieux sur les festivals dans la Région Sud


Florian Laurençon
DGA Culture, Éducation, Jeunesse - Région Provence-Alpes-Côte d’Azur

La Région Sud compte près de 750 festivals, dont les 20 plus importants, parmi les incontournables de rang national et international, qui totalisent une fréquentation de 2 millions de spectateurs (2018).

Ces derniers se déroulent traditionnellement en période estivale et renforcent l’attractivité touristique du territoire : 35 % des séjours de touristes étrangers environ sont motivés par l’offre culturelle, avec un fort effet de levier sur les territoires concernés, au bénéfice d’autres secteurs (hôtellerie, restauration, etc.). Ces retombées économiques sont également liées à la fréquentation des festivals par un public de touristes nationaux et internationaux, ainsi que par la présence d’équipes artistiques et de techniciens dont les dépenses irriguent l’économie régionale.

  1. Situation.

Depuis l’allocution du Président de la République annonçant l’annulation des festivals et autres grandes manifestations regroupant du public jusqu’au 15 juillet, les grands opérateurs de la région ont fait connaître, pour la plupart, leurs décisions :

De nombreux festivals sont d’ores et déjà annulés (Festival de Pâques, Festival d’Avignon, Festival d’Aix-en-Provence…). Certains réfléchissent à des formules alternatives (Festival de Cannes). Certains hésitent encore à maintenir une programmation entre fin juillet et début août mais sans grand espoir. D’autres annulations sont à prévoir.

Seuls quelques festivals de musique classique, à cheval entre fin juillet et mi-août, dont les plus importants sont ceux de la Roque-d’Anthéron et de Menton, hésitent encore à maintenir une partie de programmation au mois d’août.

Ce pari, qui peut sembler bénéfique pour le public et le tourisme, peut se révéler un piège dangereux si la fréquentation (et donc la billetterie) est en baisse. À ce jour, la Direction de la Culture de la Région n’encourage aucun maintien qui nécessiterait, au final, un abondement de subvention.

Même si les montants accordés par la Région sont conséquents, la Région n’est pas le principal financeur et arrive souvent après l’État ou le Département (Festival international de Piano de la Roque-d’Anthéron) ou la Commune (Festival international d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence). La subvention de la Région demeure cependant essentielle même si elle ne représente qu’une part restreinte du budget.

La Région est la seule collectivité à avoir engagé ses subventions et la première à avoir annoncé qu’elle maintiendrait ses engagements. La subvention votée sera versée dans la limite des dépenses nettes faites par les structures pour préparer l’évènement, même en cas d’annulation de la manifestation principale ou de baisse notable d’activité au regard de l’urgence sanitaire.

Cette décision est à la hauteur des principales attentes des Festivals.

Dans la majorité des cas, les structures pourront justifier des dépenses à hauteur de 100 % des subventions, d’autant plus que les montants régionaux, bien que conséquents, sont souvent faibles en pourcentage du budget total (10 % du budget pour Marsatac, 5 % pour le Festival d’Art Lyrique d’Aix- en-Provence).

Ainsi, il ressort de l’analyse des budgets et des discussions avec les organisateurs que les annulations en série des festivals les plus importants ne vont pas directement impacter le Fonds d’urgence « Terre de culture », car les mandatements resteront conformes aux engagements pris initialement. À ce jour, aucun organisateur de manifestations culturelles n’a fait remonter de demandes d’aides exceptionnelles, autres que celle du maintien de la subvention, même en cas d’annulation.

D’une manière générale, au plus tôt intervient l’annulation, au mieux le budget artistique et d’exploitation sera réduit, voire même pour certains évènements de musiques actuelles réduit à zéro (une annulation pour cas de force majeure, dégage l’organisateur de sa responsabilité et le délie de ses engagements contractuels).

Le Fonds d’urgence pourrait donc s’orienter plutôt vers un soutien à la survie et au redémarrage des structures permanentes qui, elles, devront faire face, comme toutes entreprises, à des problématiques de charges récurrentes (cas du foncier et charges locatives pour les librairies et cinéma par exemple).

  • Impacts économiques et sociaux de l’annulation des festivals d’été

L’annulation des festivals d’été en région se traduira principalement par :

  • Un impact sur le plan de l’emploi : les activités liées à la culture représentent 44 100 emplois permanents en Provence-Alpes-Côte d’Azur (INSEE 2013) dont 37 % dédiés à la création artistique, avec en sus un fort pic d’activités estival pour les intermittents comme pour les autres professionnels ;
  • Un impact sur les retombées directes : les festivals sont des outils d’attractivité des territoires et constituent un levier fort pour le secteur du tourisme ;
  • Un impact sur l’économie culturelle : les festivals sont un maillon essentiel de la chaîne de création de valeur du secteur. Ils permettent notamment, outre l’emploi, la présentation de créations aux professionnels et au public dans l’optique d’une diffusion ultérieure ;

Les études d’impacts existantes menées (avec des méthodes hétérogènes) par les trois principaux festivals estivaux en Région pointent à eux seuls, une perte en matière de retombées économiques de plus de 200 M€ :

  • 25 M€ pour le Festival In et 100 M€ pour le Off d’Avignon (les conséquences de la grève des intermittents en 2003 avaient été chiffrées à 40 millions d’euros par la CCI) ;
  • 65 M€ pour le Festival d’Art Lyrique d’Aix-en Provence (chiffres 2012)
  • 31 M€ de retombées directes pour les Rencontres de la Photographie d’Arles (2019).

Or c’est l’ensemble des festivals du début de l’été qui sera impacté par les mesures restrictives : Marsatac, Les Chorégies, Les Suds à Arles, le Festival de Jazz des 5 Continents, le FID, le Festival de Marseille, Nice Jazz Festival, Jazz à Juan…

 600 événements annulés pour les seuls mois de mars et avril (spectacles et festivals) déclarés par environ 200 diffuseurs présents sur le territoire (lieux, festivals, collectivités et programmateurs) parmi lesquels le Festival de Pâques au Grand Théâtre de Provence et le Festival Oh les beaux jours ….

L’impact global pourrait donc être proche de 400 M€.

Les demandes émanant des organisateurs de festival sur le plan national :

Le monde culturel attend plusieurs décisions du Gouvernement claires et rapides sur les sujets suivants :

  • Formaliser la période concernée par l’urgence sanitaire, pour négocier au mieux les annulations avec les prestataires et les assurances. C’est le sens du courrier du Président au Ministre qui a été unanimement salué par le monde de la culture.
  • Trancher la question de l’éligibilité des associations loi 1901 au dispositif du chômage partiel.
  • Étudier la possibilité de prendre une ordonnance appliquant aux Festivals ce qui a été accordé aux opérateurs de voyages, à savoir la possibilité de proposer des offres de remplacements avant de rembourser les spectacles. Il s’agirait là d’une solution simple au besoin de trésorerie des structures.