L’avenir des festivals, une responsabilité partagée


Paul Fournier
Président de France Festivals

Le 13 avril dernier, l’intervention du Président de la République, provoquait immédiatement l’effet domino redouté. Après les « précurseurs » du printemps, les grands festivals de l’été se résolvaient, les uns après les autres, à annuler leur édition 2020.

Jusqu’à cette intervention présidentielle, leurs responsables, dans leur grande majorité, avaient tenu ; tenu à rester debout, à ne pas baisser pavillon de façon unilatérale, tant que des directives nationales ne venaient pas les y contraindre.

Ils ont continué car, dans le cas d’un hypothétique déconfinement estival, ils savaient qu’ils seraient les premiers opérateurs culturels à la manœuvre, les premiers à accueillir artistes et publics. Ils devaient être prêts. S’ils ont fait le pari de l’ouverture, sans naïveté quant à la gravité de la situation sanitaire, c’était bien au nom de leur mission de service public. Leur conscience de l’intérêt général les conduisait à ouvrir tous les champs du possible, jusqu’au bout.

Ce sera vraisemblablement un été sans festival ; bien d’autres choses manqueront aussi et nous devrons être capables de sortir ensemble de ce traumatisme collectif quand des jours meilleurs reviendront.

Dans cette crise d’une violence inédite, on mesure combien l’existence des festivals engage la responsabilité de chacun.

Responsabilité de l’État, tout d’abord. En retrait depuis un certain temps de l’accompagnement des festivals, le ministère de la Culture a, depuis quelques années, montré à nouveau un intérêt pour le fait festivalier : un rapport puis une mission nationale initiée par Françoise Nyssen, préfigurait, outre l’existence d’un observatoire, une circulaire permettant aux DRAC de se positionner à nouveau.

Réactiver avec ambition cette mission, silencieuse depuis deux ans, serait l’occasion unique pour l’État de marquer, au-delà des déclarations d’intention, sa reconnaissance envers la qualité, la densité et la diversité de ce réseau qui investit chaque portion du territoire sans exclusive, et envisager un véritable plan de relance dès l’automne.

Les collectivités aussi sont responsables. Responsables de ne pas réduire les festivals à de simples objets du désir territorial, mais de reconnaître leur participation décisive à la vie artistique de notre pays, encourageant la citoyenneté et contribuant à forger le jugement de goût et, partant, le discernement.

Les festivals eux-mêmes, devant les annulations à venir, devront résoudre l’équation qui permettra, tout en sauvegardant leur équilibre financier, de porter une attention particulière aux artistes et à la chaîne de production qui les accompagne, touchés de plein fouet par ce séisme. Responsables aussi de réinterroger le sens et l’économie de leur projet en conjuguant singularité et capacité de coopération, permanence artistique et inscription dans le territoire.

Les mécènes, devenus des acteurs majeurs pour la vie des festivals, auront la responsabilité, autant qu’ils le pourront, de leur assurer une fidélité plus que jamais indispensable à leur pérennité.

Enfin, le public, aura la responsabilité de continuer à entretenir curiosité et enthousiasme, à développer une compréhension aussi de la réalité fragile des festivals. Ils auront besoin, dans les années qui viennent, de son engagement sans faille.

Nous faisons l’expérience de l’imprévisible et de l’incertitude, nous rappelle Edgar Morin dans un récent entretien paru dans le journal Le Monde, mais cette crise peut, dit-il, stimuler l’imagination et la créativité dans la recherche de solutions nouvelles.