Manifestations et Festivals en Auvergne-Rhône-Alpes face à la crise du Covid-19


Léo Anselme et Nicolas Riedel
Chargé de mission « politiques publiques et territoires » et Directeur Agence Auvergne Rhône Alpes – spectacle vivant

Situation inédite pour le secteur de la culture, il ne passe pas un jour sans que la liste des festivals annulant leurs éditions 2020 ne s’allonge.

Depuis le 5 mars, sur l’ensemble du territoire régional, un grand nombre de festivals annulent leurs éditions. Ce fut le cas, à Lyon, de Quai du polar début avril, de Reperkusound, du Festival du cinéma d’animation d’Annecy, des Détours de Babel à Grenoble, de Paroles et Musiques à Saint-Étienne… puis des gros festivals d’été (Jazz à Vienne, Nuits de Fourvière à Lyon, Europavox à Clermont-Ferrand, Musilac à Aix-les-Bains…), et même ceux qui avaient décidé de repousser leurs éditions de quelques mois (Nuits sonores). La Biennale internationale de la danse de Lyon, qui a pourtant lieu en septembre, reporte son Défilé à juin 2021. Depuis cette prise de parole, les festivals se tenant jusqu’au 15 juillet annoncent, les uns après les autres, leur annulation, notamment des centaines de petits festivals en milieu rural.

Ceux se déroulant après cette date sont dans l’incertitude juridique, mais se préparent à annuler face au risque sanitaire encouru, à l’impossibilité de faire venir des artistes de l’étranger ou à l’annulation par les producteurs de tournées d’été déjà trop amputées.

Seuls quelques événements de fin d’été espèrent encore voir se tenir leurs programmations (Festival international de théâtre de rue d’Aurillac, Woodstower, Festival Berlioz, Festival de la Chaise-Dieu, Hadra Trance Festival…) et attendent avec appréhension les recommandations des pouvoirs publics, des préfectures, avant de prendre des décisions définitives. Mais la tonalité du dernier discours du Premier ministre sur un monde d’après différent et les décisions à l’étranger laissent peu d’espoir.

Pour les responsables de ces événements, les risques sanitaires sont importants et ils ne veulent pas porter seuls la responsabilité de la tenue de leurs éditions, d’autant que, de plus, le maintien ne serait pas une bonne opération économique.

Les professionnels, les territoires, les élus et les populations sont aujourd’hui sous le choc.

Pour nombre d’entre eux, c’est un travail de plusieurs mois  qui s’effondre sous leurs yeux – qu’ils soient professionnels ou bénévoles – en même temps que des revenus, pour les autres ce sont des retombées économiques et des facteurs d’attractivité qui vont faire défaut, ou la perspective d’un été ou de vacances festives ou de découverte qui s’envole.

Ces annulations en cascade ont, en effet, de multiples répercussions tant économiques que politiques, culturelles et sociétales.

Il est impossible de lister tous les festivals et événements impactés ; certains sont annulés, d’autres reportés, d’autres en attente de décisions ministérielles ou préfectorales, d’autres sont partiellement annulés et reportés (ceux dont les dates étaient dispersées sur plusieurs semaines ou mois).

Les festivals post-15 juillet attendent ainsi les instructions des Préfectures, notamment pour statuer sur les contrats de cession signés avec les équipes artistiques, et faire jouer les clauses prévues.

Les mesures de soutien de pouvoirs publics à l’écoute :

Accompagnement de l’État

Le ministère de la Culture a mis en place une cellule d’accompagnement (festivals-covid19@culture.gouv.fr), mais les mesures sont aujourd’hui en construction. Pour les « petits festivals », le flou persiste. Quelle sera la règle ? Qui prendra la décision ? L’État, les maires, les préfets ? Qui sera en soutien de ces prises de décision ? Les Agences Régionales de Santé ?

L’heure est à la collecte d’informations et à l’évaluation des dommages.

Accompagnement de la Région

La Région Auvergne Rhône Alpes accompagne, tout au long l’année, plus de 500 festivals toutes esthétiques confondues (spectacle vivant, livre, cinéma…) que ce soit dans le cadre des subventions culture ou par l’intermédiaire du Fonds d’intervention culturel (FIC).

Dans cette période où s’enchaînent les annulations de festivals, un des obstacles au paiement de la subvention restait la règle administrative du « service fait » où tout décaissement doit correspondre à l’existence d’une dette. Le paiement de la subvention intervient une fois que l’objet de la subvention a bien été réalisé. Cette règle a été assouplie durant cette crise et permet donc le paiement des subventions à hauteur des dépenses décaissées sans que le/les spectacles aient eu lieu.

La procédure de la Région, s’articulant autour du paiement des factures engagées, ne rembourse donc que les sommes décaissées par les événements. Seuls les frais engagés seront pris en charge par la collectivité régionale. Afin d’éviter les problématiques de trésorerie, une procédure d’accélération de paiements a aussi été mise en œuvre.

Toutes les subventions prévues ont été attribuées, soit en commission permanente du 17 avril, soit par arrêté du Président en application de l’ordonnance du 1er avril 2020 visant à assurer la continuité du fonctionnement des institutions locales et de l’exercice des compétences des collectivités territoriales et des établissements publics locaux. Malgré le confinement, la Commission permanente devrait se réunir de façon régulière dans les prochains mois.

Accompagnement de Départements :

Les Départements sont aussi en attente de mieux appréhender le plan de soutien ministériel et de savoir si les acteurs réussiront à l’investir concrètement.

Comme le souligne un DAC, c’est l’ensemble des politiques départementales qui sont impactées par la crise sanitaire : « l’exécutif départemental est actuellement en réflexion concernant les orientations post-confinement pour l’ensemble des politiques de la collectivité et pour lesquelles il est nécessaire de mesurer au mieux les impacts effectifs d’une crise toujours en cours, afin que les réponses apportées soient les plus adaptées ». 

Dans un département où déjà près de la moitié des festivals soutenus ont annulé, un agent confirme cette réflexion globale et précise que « Pour l’instant, aucune décision n’a été prise par l’exécutif pour un soutien spécifique. Mais la question d’une aide sera évoquée lors du plan de relance plus global ».

Les événements sont fortement impactés mais les intermittents souffrent aussi. Par exemple, certains festivals importants, habitués à travailler d’année en année avec les mêmes équipes techniques leur ont fait des promesses d’embauche orales, il y a quelques mois, ce qui rend impossible pour ces intermittents, sans contrat écrit, l’accès aux aides gouvernementales annoncées.

Au-delà des événements artistiques de portée nationale ou internationale les plus médiatisés en région, ce sont des centaines de petits festivals, qui font vivre les territoires, dans l’obligation d’annuler leurs éditions 2020, ce que montrent les premières informations recueillies auprès de quelques EPCI de la région.

La porte entrouverte par le ministre de la Culture, sur la possible tenue des « petits festivals », pourra-t-elle sauver certains événements ? Comment, après la mi-juillet, s’organisera la tenue ou non des festivals de fin d’été ? Telles sont les questions qui, à l’heure actuelle, n’ont pas de réponses précises et argumentées. Les collectivités et intercommunalités, sans chargé de mission culture et juridique, se heurtent à la grande complexité de cette situation.

Mais au-delà des problématiques juridiques, sociales ou politiques, quels élus prendront le risque de recréer des clusters de contamination ?

Le dossier des festivals est loin d’être clos, car de l’attente des arrêtés ministériels, des mesures d’accompagnement, aux interrogations quant à la prise en charge des assurances et au paiement des artistes, nombre de questions restent à l’heure actuelle sans réponse, avec la menace qui plane d’un non-retour à la normale de la diffusion artistique à l’automne.

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